Il y a en ce moment un article produit par Radio-Canada en collaboration avec Beside, qui circule sur les Zinternets et qui m’a interpelé dès sa sortie. Un texte qui n’est pas tombé dans l’oubli et qui suscite beaucoup de réactions un peu partout! En résumé très (trop) bref, on parle des diverses répercussions néfastes sur la santé des territoires naturels, causées par l’abondance de tourisme et/ou par le gens qui sont prêts à tout pour avoir LA photo parfaite, en nature! Dès la sortie de cet article, j’ai eu l’envie d’écrire quelques lignes pour partager mon opinion sur le sujet. Mais j’ai attendu. Parce que bon sang, c’est un sujet qui vient me chercher aux tripes, pour lequel j’ai une tonne d’opinions, mais surtout, beaucoup d’inquiétudes. Pourquoi j’ai hésité? Parce que c’est tout un débat qui en ouvre tellement d’autres!

Dans les derniers jours, Beside m’a approché afin de connaître mon point de vue sur le sujet, en tant « qu’acteur important dans la promotion de notre territoire ». J’ai donc décidé de participer à la discussion, ouvertement! Je vous invite à lire l’article cité en référence plus haut, afin de prendre connaissance du contexte si ce n’est déjà fait, pour mieux comprendre mon point de vue. 


Il y a tant à dire, qu’il est difficile de trouver un point de départ! L’article vise Instagram, mais soyons honnête, ça vise tous les types de réseaux sociaux, qui ne sont pas moins dénaturants! Est-ce que je suis surprise de lire que de plus en plus de sites sont victimes de leur popularité? Non! Suis-je surprise d’apprendre qu’il y a une nouvelle forme de touriste / explorateur / influenceur, l’amoureux-faux de la nature qui veut sa « beauty shot » dehors, mais qui se fout de la nature et de ce qu’elle représente? Non! Suis-je surprise de constater que l’objectif ultime de ces gens est mené par la soif de visibilité et de popularité, guidée par le mimétisme? Non! 

L’EFFET TOURISME!

J’ai moi-même beaucoup voyagé dans les dernières années, visité des endroits plus populaires, d’autres très peu fréquentés et c’est sans obstination, ces derniers que je recherche et préfère. En 2018, j’ai visité Antilope Canyon, un des endroits cités dans le texte. Tout ce qui est décrit, je peux vous confirmer que c’est vrai, x10!!! La liste de règlements à suivre sur le matériel interdit lors de l’activité, les instructions de calibration de téléphone et de caméra, les endroits et les angles recommandés à photographier (et si tu ne le fais pas, le guide prend ta caméra et le fait pour toi, pas de farce!), les règlements avant de descendre dans le canyon, en descendant les marches du canyon, dans le canyon lui-même, à la sortie du canyon… Bref, le canyon, on ne le voit pas longtemps et on ne le « vit » pas du tout! C’est plate, c’est décevant et ça laisse un goût très amer!

Antelope Canyon à la queue leu leu!

Ces endroits qui deviennent des incontournables à éviter, est-ce parce qu’il y a trop de touristes qui les fréquentent? Je ne sais pas si c’est vraiment la bonne question à se poser! J’espère que non, parce que j’aime voyager et découvrir le monde et je trouve ça profondément malheureux, que certains endroits aujourd’hui soient désagréables à fréquenter à cause de la surabondance de gens, ou bien que leur accès soit limité à cause des impacts causés sur la nature, entre autres par le manque de savoir vivre de certains! Mais on est rendu là! 

Est-ce seulement la masse touristique trop volumineuse qui a un impact néfaste sur la nature. Je ne suis pas convaincue non plus. C’est aussi selon moi, une question d’éducation! Alors que nous étions sur une plage de la Floride le mois dernier, deux adolescentes non loin de nous s’amusaient à se prendre en photo avec leur téléphone. En quittant, elles ont pris soins de prendre tous leurs effets personnels, laissant derrière elles et sans aucune gêne, leurs contenants de nourriture bien ancrés dans le sable qui provenaient d’un restaurant local. De simples exemples comme celui-ci, il y en a à la tonne! Ça, ça fait aussi parti du problème! Éduquer, responsabiliser, conscientiser les gens sur l’environnement, la base quoi, un sujet qui n’affecte pas assez de monde encore, malgré l’ère critique dans laquelle nous sommes!

L’EFFET « GRAM »

À quelque part, je crois et c’est une opinion bien personnelle, que plus les gens « fréquentent » les réseaux sociaux, plus ils ont tendance à se perdre dans leur propre personnalité. En ayant une fenêtre accessible aussi facilement sur n’importe qui, ce qui est personnel devient rapidement l’affaire de tous, et ça vient avec le désir de plaire, d’avoir et d’être toujours « plus » que les autres! Les gens essaient de se convaincre qu’ils sont différents, mais en faisant comme les autres! 

Instagram. J’y suis abonnée depuis 5 ans, et avec les années, j’ai vu beaucoup de gens se questionner, jusqu’à se remettre en question complètement, où certains sont même allés jusqu’à supprimer littéralement leur compte à cause de la pression des résultats qui n’aboutissaient pas! Vraiment! « Suis-je assez bon… Suis-je encore dans le coup… Tout me dépasse, il y a tant de photographes meilleurs que moi… Mes photos ne lèvent pas, tant d’efforts pour si peu de « like »… ». Des commentaires comme ça, j’en ai lu souvent! À trop vouloir regarder ce que les autres font, viennent les comparaisons et la création de faux besoins, menant à la recherche du « plus ».  

Je pense simplement, que les gens oublient les raisons pour lesquelles ils font ce qu’ils font, parce qu’avec le temps, ils finissent par faire les choses pour les autres, en prévision de ce que les autres aiment et de ce qu’ils veulent voir, les résultats quoi! Pas étonnant de lire que « la nature sonne faux »! Car inconsciemment, certains vont jusqu’à changer leur façon d’éditer, orienter leurs choix de sujets différemment, photographier autrement, tester les réactions… Au final, ils font des choses qui ne les représentent plus… Et puis un jour ça arrive, c’est le néant, le mur, l’incompréhension, la perte de soi! C’est ce que j’appelle le syndrome de l’emprunté. Et ça, c’est fréquent, sur tous les types de réseaux sociaux et sur tous les types de créneaux existants, pas seulement la photographie. Et c’est bien dommage de voir à quel point certains débordent gravement de leur propre route, en voulant être à tout prix comme tout le monde, à vouloir la même chose que les autres, se dénaturer d’eux-mêmes! Dans un monde où les photographes pullulent, je ne trouve pas ça étonnant, trouvant même un certain côté malsain. Ne jamais mettre de côté ses propres objectifs et les raisons qui y sont rattachées, devrait selon moi, être une règle de base à adopter afin d’éviter le mur.

L’EFFET GLOIRE

Si dans l’article il y a un terme qui me fait grincer des dents, c’est bien celui de la « quête de la photo parfaite ». Un concept qui m’agace énormément, et pourtant, c’est loin d’être nouveau! Tu peux chercher LA photo parfaite, tout le monde s’en fout un peu franchement, mais quand la recherche de la perfection se transforme en vice et que cela crée des impacts néfastes sur la nature, ça ne fait pas que m’agacer, j’ai mal à mes valeurs et ça, ça me dérange énormément! Si je voulais en remettre, je dirais que ce qui m’agace encore plus, c’est que le concept de valeurs, est malheureusement encore un peu abstrait pour trop de monde, point!

Étant photographe de nature, j’ai moi-même été témoin de bien des situations « dérangeantes », qui dans certains cas, en feraient saigner des yeux plusieurs! Parce que oui, ça existe partout des gens prêts à tout pour avoir LA photo, pas seulement au bout d’un selfie, devant un endroit trop connu et populeux, et pas seulement pour les publications Instagram! Des photographes pour qui la collection de concours, d’honneurs et de prix, nourrit cette quête de visibilité, qui devient LA priorité. Oubliez la photographie, oubliez le milieu, oubliez l’animal… ce sont des actions sans vergogne qui sont mises en scène afin d’aboutir au résultat, la gloire et la popularité, parfois allant jusqu’au détriment de la santé de l’environnement et des animaux. Le sujet qui se trouve devant la lentille, devient alors bien secondaire, un piteux prétexte. Bien sûr, la réalité est maquillée, cachée, parce qu’elle est néfaste pour l’image de son porteur… 
Il ne reste que le silence, qui ronge les autres par en-dedans. Parce que ces pratiques, lorsqu’elles sont connues, salissent la réputation de tous les photographes, peu importe le camp dans lequel ils sont. Et cela vient avec des nouvelles réglementations établies dans certains endroits, qui limitent et pénalisent tous les autres! Là aussi, j’ai mal à mes valeurs, encore plus. Parce qu’on met tous les porteurs de lentilles dans le même panier, donnant à la photographie (animalière en particulier), une bien mauvaise presse, et c’est très fâchant!


Suis-je encore inquiète? Bien sûr que oui! Seulement, s’il y avait plus d’éducation, de sensibilisation et des mobilisations à grande échelle, nous pourrions peut-être améliorer les choses. Car il est possible d’être un touriste / explorateur / influenceur / photographe / blogueur / name it (!), tout en étant responsable et en adoptant des pratiques éthiques, sociales et environnementales, dans un contexte de médias sociaux, ou non. La nature, c’est ce que nous avons tous en commun, c’est notre richesse collective. Sa santé, c’est l’affaire de tout le monde, sans exception! Soyons conscients de nos gestes!

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