Comme je me fais souvent poser les mêmes questions, j’ai décidé d’explorer autour de celle qui me revient le plus souvent : « mais comment tu fais pour voir tous ces animaux ? ». Pour y répondre, j’ai décidé de vous dresser le portrait d’une journée type, dans ma vie de photographe!

D’abord, vous devez savoir que la photographie c’est une passion, mais qui vient bien après celle que j’ai pour les animaux. Je les adore! Faire des rencontres, me procure un bien fou et sortir, explorer, marcher, chercher, c’est pour moi, une forme de thérapie. C’est bon pour le mental! Comme j’occupe un emploi temps plein et que j’ai une petite famille, les sorties sont plus ou moins peu nombreuses, et les occasions dépendent toujours d’un tas de choses et pas toujours de moi! Aujourd’hui, je n’avais pas prévu sortir. La température annoncée n’était guère favorable à la photo et les choses à faire à la maison, étaient très nombreuses.

En prenant mon café, j’ai eu la belle surprise de découvrir une belle reconnaissance pour mon travail de photographe, que l’Office du tourisme de Québec m’avait laissée sur Facebook. S’en est suivi une belle vague d’encouragements, dans un moment où j’en avais grandement besoin. C’est comme ça la vie parfois! Puis, c’est arrivé! Malgré la météo qui semblait plutôt inintéressante, la neige qui tombait plein ciel, le plafond lourd et sans lumière, la motivation m’a frappée subitement! J’avais là, une belle occasion! J’ai pris mon matériel, je me suis bien habillée selon les circonstances et je suis partie, toute seule! C’était le genre de matin anyway, où à part faire du ménage et avancer dans le tri de photos, je n’aurais pu être utile à autre chose! Le chum était dans sa comptabilité (s’il y a bien un endroit où je ne peux aider, c’est bien là), ma grande travaillait, mon autre fille venait de se lever (l’adolescence tout plein), et mon gars lui, faisait semblant de ranger sa chambre, l’éternel défi! C’était donc mon moment à moi, une décision spontanée et sans grandes attentes!

J’ai roulé pendant une heure, sur une chaussée enneigée et glissante, pour me rendre jusqu’à mon spot de lièvres. J’étais dû pour rafraîchir mes photos de lièvre dans la neige! L’été, j’en vois souvent à cet endroit, mais je n’avais jamais eu l’occasion encore d’en observer l’hiver à cet endroit. Mon objectif ce matin, était donc d’observer des lièvres! En arrivant sur les lieux, je commence ma transformation! Doudoune, coquille, tube pour le cou, tuque, mitaines, harnais de corps pour la caméra, housse sur la caméra, hot pads dans les bottes, hot pads dans les mitaines, raquettes et me voilà prête!

C’est tranquille. Je suis toute seule, le silence m’apaise et la neige tombe sur moi très légèrement. Plus j’avance, plus j’ai chaud! La raquette, ça peut être très éreintant! C’est parfait pour faire fondre les calories avalées en frites durant la semaine. Chut! Je réussis encore à m’en convaincre!!! Je m’arrête un instant, pour bien réinstaller une de mes mitaines, quand TOUT-À-COUP, HOP, ça saute à ma droite! AHHHH FU…..dge (!) Mon karma! Arrêter pour placer ma mitaine, directement à côté d’un lièvre, sans l’avoir vu, du tout comme dans pas pantoute, le temps que je fasse mon travail de mitaine… MAUDITE MITAINE! Je suppose qu’il m’observait en se payant vachement ma gueule en plus! Je n’ai jamais eu le temps de le photographier, vous devinerez bien! Comme on dit, il a prit ses jambes à son cou et s’est sauvé encore plus creux dans la forêt, sans s’arrêter et surtout, sans m’attendre. Hummm, la poisse! Un peu frustrée, je continue ma marche et je redouble de prudence! J’essaie d’aiguiser davantage mon attention, sur laquelle je viens de manquer une chance incroyable! J’arrête souvent, pour écouter, pour observer. C’est la clé! Arrêter, écouter, observer, recommencer! Je suis maintenant en plein sur le territoire des lièvres, en mode espionne! Il y a des pistes partout autour de moi, des petites crottes aussi de temps en temps et bien des branches grignotées! Je marche, j’attends, je m’arrête plus longuement, j’observe les indices de présence qui abondent et j’attends encore. Je vois un grand pic, j’entends les corneilles, j’observe un écureuil, mais apparemment, les lièvres sont partis prendre le thé, sans moi. Après deux heures d’exploration à me déplacer sur un 2,5 km en raquettes, je reviens à la voiture, la caméra bien vide.

Sur le chemin du retour, j’en profite pour emprunter un nouveau chemin, sur lequel je découvre de nouveaux endroits avec un fort potentiel d’observation pour les harfangs. Il faudra que j’y retourne assurément, lors d’une autre sortie improvisée. En attendant, suis-je déçue? Un peu, c’est certain! Je m’en veux surtout d’avoir eu les yeux sur ma mitaine, plutôt que sur le lièvre qui était juste là, à côté de moi! Je reviens fatiguée, mais d’une belle fatigue, les joues rouges et la tête plus légère. Parce qu’être dehors, toute seule dans les bois, ça m’inspire beaucoup et ça me permet de prendre du temps de qualité avec moi-même, et de réfléchir à un tas de choses en toute liberté! Un p’tit 4 heures de ma fin de semaine bien investi, malgré tout!

Sortir faire de la photo, c’est donc aussi ça! C’est accepter de parfois (souvent même) revenir la caméra vide! Quand les observations sont là, on fait le plein de beaux moments! Quand ce n’est pas le cas, on profite du moment, et on recommence plus tard! Patience et persévérance sont aussi des clés nécessaires dans la photographie animalière. J’y retournerai à quelques reprises cet hiver à mon spot de lièvres. Est-ce que cela fonctionnera? Je ne sais pas! C’est donc une histoire à suivre!